Juin 2015

Une première au Québec et au Canada... 7 ans plus tard

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Martinet noir, lors de sa réadaptation à Hudson en juin 2007 Martinet noir, lors de sa réadaptation à Hudson en juin 2007 Le Nichoir

Le 13 novembre 2014, je reçois un message de Mark Dennis, ornithologue très actif dans la région de Vaudreuil. Il me fait part de sa rencontre récente avec Greg Rand, un amateur d’oiseaux ayant oeuvré comme bénévole en 2007 au centre de réhabilitation d’oiseaux blessés Le Nichoir, à Hudson. Ce dernier lui a fait parvenir des photos d’un martinet trouvé blessé au pied d’un bâtiment à Montréal vers la fin mai 2007, apporté à la SPCA, puis soigné au Nichoir et relâché le 21 juin de la même année. Greg gardait un doute sur l’identité de ce martinet considéré à l’époque comme un Martinet ramoneur, la seule espèce de martinet jamais rapportée au Québec... jusqu’alors. En m’envoyant la photo, Mark Dennis, originaire d’Angleterre, croit reconnaître une espèce familière de son pays natal, le Martinet noir. L’analyse subséquente des deux photos de cet oiseau que nous avons réussi à récupérer semble lui donner raison.

Premièrement, à partir des images, on peut éliminer assez facilement le Martinet ramoneur. La queue longue, l’aspect écaillé, ainsi que la gorge blanche bien délimitée sont tous des traits qui ne sont jamais présents chez le Martinet ramoneur (ni chez le genre Chaetura en général). Par ailleurs, le poids de l’oiseau lorsqu’il a été relâché était de 45 grammes. Or, le poids moyen du Martinet ramoneur oscille entre 17 et 30 grammes.

Là où ça se corse, c’est lorsqu’il s’agit d’éliminer le Martinet pâle, une autre espèce européenne, jamais rencontrée en Amérique mais très semblable au Martinet noir.

L’aspect brunâtre et écaillé de l’oiseau de Montréal est un trait pouvant être associé au Martinet pâle mais la lumière peut être trompeuse à ce propos. Selon Marcelo Brongo, un ornithologue catalan familier avec ces espèces, le blanc de la gorge rejoint normalement celui du front chez le Martinet pâle et aide à créer un masque noir autour des yeux. Or ici, l’individu ne montre pas de masque évident, et le blanc de la gorge est bien délimité. Les lisérés aux plumes peuvent apparaître surprenants mais s’expliqueraient par le fait que l’oiseau est en plumage de deuxième année.

Il existe quatre mentions confirmées du Martinet noir en Amérique du Nord. Deux en Alaska à l’île Saint-Paul (juin 1950 et juin 1986), une en Californie (30 octobre 2013) et une à Saint-Pierre-et-Miquelon (23 juin 1986). Il existe quatre autres mentions de martinets du genre Apus dans l’est de l’Amérique du Nord, probablement tous des Martinets noirs, dont une également à Saint-Pierre-et- Miquelon (2 juin 2006), une à Montgomery, en Pennsylvanie (10 mai 1996), et trois autres au Massachussetts (entre le 28 mai et le 14 juillet). Il existe, de plus, 354 mentions de Martinets noirs en Islande, la plupart entre la mi-mai et le mois de juillet. L’oiseau de Montréal s’inscrirait donc dans le modèle de dispersion du Martinet noir à l’ouest de son aire de répartition.

Martinet noir, lors de son lâcher à Hudson le 21 juin 2007. (c) Greg Rand

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