La commissaire à l'environnement et au développement durable, qui relève du vérificateur général du Canada, aborde de front la sécurité des pesticides dans l'un de ses derniers rapports remis aux parlementaires. Elle en arrive à la conclusion que l’Agence de réglementation de la lutte antiparasitaire « n’avait pas toujours agi en temps opportun au regard de l’obligation qui lui est faite de prévenir les risques inacceptables pour la santé des Canadiens et l’environnement que pose l’utilisation des pesticides ».

Entre autres constats révélés dans ce rapport :

  • l’Agence a autorisé l’utilisation de certains néonicotinoïdes pendant plus d’une décennie sans avoir confirmé si les risques étaient acceptables;
  • les progrès réalisés par l’Agence à l’égard de la réévaluation des anciens pesticides sont insuffisants;
  • l’Agence n’a pas révoqué en temps opportun l’homologation de certains pesticides qui présentaient des risques jugés inacceptables.

L'agence responsable de la réglementation des pesticides a accepté toutes les recommandations émises par la commissaire à l'environnement, et s'est engagée à compléter la réévaluation des anciens produits homologués d'ici 2020.

Il faut certes se réjouir de la réévaluation de l'ensemble des produits homologués par l'agence fédérale, et au premier chef les néonicotinoïdes qui semblent affecter autant les oiseaux que les abeilles. Mais hélas, il faut aussi déplorer que l'objectif du gouvernement du Québec de réduire l'utilisation des pesticides est un échec : les producteurs agricoles en épandent plus que jamais, sans que la superficie des terres affectées ait vraiment augmenté.

Le déclin des populations d'oiseaux champêtres et des insectivores aériens tient beaucoup à la présence de pesticides dans l'environnement, forcément. Mais la perte d'habitats – tant dans les aires de nidification que d'hivernage – a aussi un impact déterminant sur la chute des populations de ces espèces, sans compter l'effet présumé des changements climatiques. Les problèmes s'avèrent complexes, et les moyens pour les résoudre ne sont pas nécessairement dans les priorités de nos gouvernements.

Cela dit, les lecteurs se consoleront sans doute un peu en prenant connaissance, dans cette édition printanière, de projets de QuébecOiseaux visant à favoriser la nidification de deux espèces d'insectivores aériens.

Bonne lecture!

Publié dans Printemps 2017

Plus du tiers des 1 154 espèces d’oiseaux du continent ont besoin de mesures de conservation urgentes. C’est la conclusion du rapport sur l’état des populations d’oiseaux déposé cette année par le regroupement Initiative de conservation des oiseaux de l’Amérique du Nord (ICOAN). La liste de surveillance compte précisément 432 espèces qui risquent d’être « grandement menacées d’extinction » si des mesures musclées ne sont pas mises de l’avant afin d’en assurer la protection.

Plus de la moitié des espèces d’oiseaux des océans et des forêts tropicales figurent sur la liste des espèces menacées, en raison de leurs populations restreintes en déclin, de leurs petites aires de répartition et des graves menaces qui pèsent sur leurs habitats. De nombreuses espèces vivant dans les habitats côtiers, de prairies et de zones arides connaissent également une diminution rapide, en particulier les populations d’oiseaux de rivage qui migrent sur de longues distances, ainsi que plusieurs migrateurs qui font l’aller-retour entre les grandes prairies du nord-ouest du continent et celles du Mexique.

Véritable pouponnière accueillant des milliards d’oiseaux migrateurs, la forêt boréale semble continuer à jouer relativement bien son rôle. La plupart des oiseaux de cette zone suscitent des préoccupations faibles ou modérées. Parmi les espèces préoccupantes, plusieurs sont des oiseaux qui migrent sur de longues distances et qui sont confrontés à des menaces dans les habitats utilisés hors de la période de reproduction.

Sur les 144 espèces d’oiseaux des forêts tempérées du continent, 30 figurent sur la liste de surveillance. En général, les oiseaux des forêts tempérées de l’Ouest suscitent des préoccupations plus élevées en matière de conservation que les oiseaux des forêts de l’Est, en raison de leurs populations et de leurs aires de répartition plus restreintes.

La plupart des espèces d’oiseaux des milieux humides suscitent des préoccupations relativement faibles. Les populations de sauvagine ont augmenté au cours des cinq dernières décennies, favorisées par des investissements efficaces dans la conservation des milieux humides. D’autres oiseaux aquatiques, comme les hérons, les sternes et les râles, ont également bénéficié de ces efforts. Néanmoins, 33 espèces d’oiseaux des milieux humides, notamment le Petit Blongios, demeurent tout de même sur la liste de surveillance.

L’ICOAN regroupe non seulement divers organismes voués à l’étude ou à la protection des oiseaux, comme The Cornell Lab, American Bird Conservancy et Études d’Oiseaux Canada, mais aussi les autorités gouvernementales concernées par la protection des oiseaux au Mexique, aux États-Unis et au Canada, dont bien sûr Environnement et Changement climatique Canada. Une telle concertation est fort encourageante. Espérons maintenant que la volonté politique sera à la hauteur des défis à relever afin que la diversité aviaire de l’Amérique du Nord soit intégralement conservée. 

Publié dans Hiver 2017

Le rapport du commissaire au développement durable remis le printemps dernier au Vérificateur général du Québec est extrêmement critique, tant en ce qui concerne la protection des espèces en situation précaire que l’utilisation des pesticides, comme les néonicotinoïdes dont l’impact sur les oiseaux ne fait plus l’ombre d’un doute.

Voici quelques extraits de ce rapport concernant d’abord le ministère des Forêts, de la Faune et des Parcs (MFFP).

  • Le MFFP a des connaissances limitées à l’égard de plusieurs espèces, ce qui nuit à sa capacité de les conserver et d’optimiser leur mise en valeur. Les projets liés à l’acquisition de connaissances sont choisis à la pièce et les recommandations qui en découlent tardent souvent à être mises en oeuvre.
  • Il n’y a aucun plan de rétablissement pour plusieurs espèces en situation précaire. Lorsque des plans sont produits, de nombreuses actions prévues ne sont pas mises en oeuvre et le ministère connaît rarement le niveau de rétablissement des espèces concernées. Le MFFP n’a protégé que très peu d’habitats pour ces espèces. Par ailleurs, près d’une trentaine d’espèces jugées menacées ou vulnérables sont en attente d’être désignées par le ministère, certaines depuis plus de sept ans.
  • La protection des habitats fauniques par le MFFP est inadéquate. Les conditions relatives aux autorisations qu’il délivre pour la modification d’habitats protégés sont peu suivies. Par ailleurs, 2,5 millions de dollars versés par des promoteurs pour compenser des habitats perdus n’ont pas encore été utilisés, soit plus de 40 % des sommes recueillies depuis 2003. D’autre part, le ministère a abandonné près d’une centaine de dossiers liés à des infractions relevées dans des habitats protégés en raison de retards dans la production des rapports d’expertise requis afin de pouvoir poursuivre judiciairement les fautifs.

Dans un autre chapitre, le commissaire pointe du doigt le ministère de l’Agriculture, des Pêcheries et de l’Alimentation (MAPA) et le ministère du Développement durable, de l’Environnement et de la Lutte contre les chan gements climatiques (MDDELCC) pour leur incurie en matière de pesticides.

  • Le MDDELCC n’a pas de portrait complet de l’utilisation des pesticides pour le milieu agricole, ce qui limite la précision de son calcul des indicateurs de risque pour la santé et l’environnement. La majeure partie des néonicotinoïdes utilisés pour enrober des semences, dont l’usage a été généralisé dans les dernières années, n’est pas comptabilisée dans le bilan des ventes de pesticides.
  • L’augmentation des ventes de pesticides se poursuit et les indicateurs de risque qui y sont associés étaient à la hausse en 2014, malgré l’adoption de la première stratégie phytosanitaire il y a près de 25 ans.

Les trois ministères concernés ont adhéré aux recommandations du commissaire au développement durable, et il ne reste donc plus qu’à espérer leur mise en oeuvre rapidement.

Publié dans Automne 2016

À compter du 1er juin, il ne sera plus possible de mettre sur le marché un nouveau pesticide dont l’innocuité n’a pas été démontrée de manière rigoureuse, sur la base d’études scientifiques complètes.

Jusqu’à maintenant, les fabricants pouvaient obtenir une homologation « conditionnelle » à des vérifications et études ultérieures, sans obligation de tenir une consultation publique. Aux yeux des écologistes, cette pratique manquait de transparence, et le Commissaire à l’environnement et au développement durable du Canada avait d’ailleurs formellement demandé à Santé Canada d’y mettre fin.

La gestion des pesticides est à la fois de responsabilité fédérale et provinciale. L’Agence de réglementation de la lutte antiparasitaire voit à l’homologation et à l’étiquetage des pesticides, alors que le gouvernement du Québec est responsable des règles de vente, d’entreposage, d’utilisation, de transport et d’élimination des pesticides homologués. Les autorités concernées, tant à Ottawa qu’à Québec, se penchent actuellement sur les pesticides les plus controversés de la planète : les tristement célèbres néonicotinoïdes.

Les néonicotinoïdes continuent de soulever des inquiétudes, et à juste titre. Ce type de pesticide systémique, qui s’attaque au système nerveux des insectes, a été homologué au Canada il y a une dizaine d’années. Depuis, des centaines d’études scientifiques menées en Amérique du Nord et en Europe ont démontré que cette classe d’insecticides contaminait toute la chaîne alimentaire et s’y accumulait de manière aussi pernicieuse que le fameux DDT il y a quelques décennies.

Souhaitons que dans la réévaluation de ces pesticides neurotoxiques, les responsables garderont en tête ce vieil adage disant que dans le doute, il vaut toujours mieux s’abstenir.

Publié dans Printemps 2016

La rencontre de Paris sur les changements climatiques, qui se déroule du 30 novembre au 11 décembre 2015, apparaît cruciale pour l’avenir de la planète, comme l’a souligné le secrétaire général des Nations unies, Ban Ki-moon : « Les États négocient depuis plus de vingt ans. La conférence de Paris est l’étape finale au cours de laquelle ils ont promis de s’entendre sur un accord ambitieux sur le climat. Nous n’avons pas de temps à perdre, le temps nous est compté. Les meilleurs scientifiques ont clairement montré à plusieurs reprises que le changement climatique est une réalité. Il progresse beaucoup plus vite que l’on pensait. »

Dans un rapport remis l’an dernier, le Groupe d’experts intergou - vernemental sur l’évolution du climat rappelle les conséquences anticipées des changements climatiques. En bref, l’élévation du niveau de la mer, les phénomènes météorologiques extrêmes, les inondations, les périodes de chaleur suffocante et les sécheresses risquent d’avoir un impact sur la vie des humains et leurs moyens de subsistance, y compris l’alimentation en eau potable, et risquent également d’entraîner une perte des écosystèmes marins, côtiers, terrestres et des eaux intérieures, ainsi que de la biodiversité en général.

« Il est impossible de perdre cette course contre la montre, parce qu’il n’y a pas de plan B, il n’y a pas de planète B. Si on n’agit pas très vite et très fort, on se mettra dans l’impossibilité de trouver une solution », a lancé avec justesse et lucidité Laurent Fabius, ministre français des Affaires étrangères et président de la conférence de Paris.

À la veille de cette importante rencontre au sommet, les lecteurs trouveront dans nos pages un article de fond abordant à la fois le phénomène des changements climatiques et son impact sur l’avifaune. 

Publié dans Hiver 2016

Pour avoir donné son nom au protocole sur la réduction des gaz à effet de serre, en 1997, Kyoto est aujourd’hui connue internationalement. Mais bien peu de gens ont entendu parler de Nagoya, cette autre ville du Japon où un protocole sur la biodiversité a été entériné en octobre 2010 par les membres participants, dont le Canada et le Québec.

Ce protocole compte pas moins de 20 objectifs visant à assurer la biodiversité de la planète. Parmi ces objectifs, le onzième revêt une importance toute particulière pour la protection des habitats et des écosystèmes : «D’ici à 2020, au moins 17 % des zones terrestres et d’eaux intérieures et 10 % des zones marines et côtières, y compris les zones qui sont particulièrement importantes pour la diversité biologique et les services fournis par les écosystèmes, devront être conservées au moyen de réseaux écologiquement représentatifs et bien reliés d’aires protégées gérées efficacement et équitablement et d’autres mesures de conservation efficaces par zone, et intégrées dans l’ensemble du paysage terrestre et marin. » Une longue phrase quelque peu compliquée, et dont il faut surtout retenir les chiffres.

Les plus récentes données disponibles indiquent qu’une portion évaluée à 10,4 % du territoire canadien (terres et eaux douces) est protégée, alors que le territoire marin protégé équivaudrait à moins de 1%. Pour ce qui est du Québec, le territoire préservé se trouve actuellement sous la barre des 10%, alors que l’objectif fixé par le gouvernement provincial est de 12 % pour 2015. Loin de l’objectif de 17 % visé par l’accord de Nagoya.

Plusieurs projets d’aires protégées sont actuellement envisagés dans le nord du Québec, ce qui s’avère tout à fait souhaitable. Mais c’est bien sûr dans le sud de la province où il y a urgence d’agir pour préserver la biodiversité.

Les exemples à cet égard ne manquent pas.

  • À La Prairie, un minuscule batracien a été défendu par un juge qui a rabroué la ministre de l’Environnement du Canada pour avoir « écarté d’une manière arbitraire et capricieuse l’opinion scientifique des experts de son ministère et de l’équipe de rétablissement de la rainette fauxgrillon »; pendant que l’affaire est devant les tribunaux, la première phase des travaux de construction domiciliaire a déjà été amorcée.
  • L’industrie éolienne est en train d’accaparer les rares hauts sommets du sud de la province, très précisément là où niche la Grive de Bicknell. Au Canada, la population de cette espèce menacée ne dépasserait pas 50 000 individus, et 95 % de son habitat de reproduction potentiel se trouverait au Québec.
  • À Cacouna, l’abandon du projet de port pétrolier a été aussitôt suivi par l’annonce de la stratégie maritime du gouvernement du Québec qui pourrait conduire à un accroissement du trafic des navires dans la pouponnière des bélugas du Saint-Laurent, malgré les mises en garde répétées des spécialistes qui se penchent sur cette population depuis longtemps.

Est-il vraiment nécessaire de donner d’autres exemples? 

Publié dans Automne 2015

En ce qui concerne les espèces en péril, les nouvelles sont rarement bonnes. Si en plus on assiste au déclin des efforts visant à favoriser leur rétablissement, la situation ne peut aller que de mal en pis pour la biodiversité.

Après avoir suspendu temporairement les équipes de rétablissement des espèces en péril l’automne dernier, le gouvernement du Québec a planifié d’importantes compressions au sein du ministère des Forêts, de la Faune et des Parcs du Québec. Selon une compilation effectuée par Le Devoir, plus de 100 emplois seront ainsi supprimés, entraînant entre autres le départ d’une vingtaine de biologistes, dont plusieurs sont affectés au rétablissement des espèces en péril.

En cette ère d’austérité, de nombreuses organisations oeuvrant à la protection de la nature voient également leurs moyens diminuer, faute de subventions. C’est le cas du Regroupement QuébecOiseaux qui devra mettre en suspens certains projets voués à la protection et au rétablissement d’espèces en péril et cela, tant que de nouveaux fonds ne seront pas disponibles. Une raison de plus pour soutenir le Regroupement en faisant un don ou en devenant membre.

Outrés par les coupes qui affectent la protection de la faune et de la flore, des étudiants en bioécologie du cégep de La Pocatière ont créé la Coalition pour la sauvegarde du patrimoine naturel québécois, une initiative qui mérite d’être soulignée. En guise d’action, ils ont lancé une pétition demandant notamment « que le nombre de biologistes et de techniciens chargés du suivi des espèces faisant partie intégrante des milieux naturels soit maintenu, voire augmenté, et que ces professionnels soient de retour sur le terrain pour continuer de protéger notre patrimoine naturel ».

La pétition est accessible en ligne à l’adresse suivante : www.sauvonspatrimoinenaturel.com

 

Publié dans Été 2015