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septembre 2016

Suivi du dossier de la protection des milieux humides dans le secteur du Technoparc

Écrit par

Le dossier du Technoparc, je devrais plutôt dire de l’Éco-campus Hubert-Reeves, a fait couler beaucoup d’encre au cours des dernières semaines notamment à la suite d’une conférence de presse menée par Elizabeth May, chef du Parti vert. Le dernier épisode de cette campagne qui vise à protéger les milieux humides sur l'île de Montréal fut l’envoi par le Sierra Club d’une mise en demeure à la Ministre de l'Environnement. Même Hubert Reeves a été contraint de sortir publiquement afin de justifier sa décision d’avoir donné son nom au projet.

Il y a de nombreux intervenants dans ce dossier ce qui entraîne une certaine confusion alimentée entre autres par une méconnaissance des projets en cours. Certaines personnes ont l’impression que QuébecOiseaux n’est pas actif dans ce dossier. La réalité est bien différente et j’aimerais rétablir les faits afin que tous puissent comprendre le rôle que nous jouons.

  1. QuébecOiseaux n’est pas le chef de file de cette campagne mais ce n’est certes pas parce que nous recevons des contributions de la part du Technoparc ou de la Ville de Montréal; d’ailleurs absolument rien n’indique que nous allons recevoir quoi que ce soit de leur part. En fait, pour être totalement honnêtes, nous bénéficions depuis quelques années d’une subvention de 757 $ de la Ville de Montréal dans le cadre du programme d’aide financière aux OBNL locataires, ce qui ne nous lie aucunement aux promoteurs du projet et n’empêche pas QuébecOiseaux de prendre position sur tout sujet pertinent.
  2. Comme nous l'avons mentionné le 14 juillet dernier, avant de partir en guerre contre un tel projet, nous voulions nous assurer de bien le comprendre. Avec toutes les informations contradictoires en circulation, il était important de commencer par une collecte d’information rigoureuse. Et c’est ce que nous avons fait. Le 22 juillet dernier, j’ai rencontré personnellement le biologiste de la Ville de Montréal qui travaille sur ce projet depuis plus de 20 ans. Le 4 août, deux de nos biologistes, spécialisées notamment dans la conservation de l’habitat du Petit Blongios, ont assisté à la rencontre d’information en compagnie de quelques autres groupes environnementaux. Nous avons aussi eu quelques échanges avec des gens du Service canadien de la faune afin d’en savoir plus sur le processus de désignation de l’habitat essentiel du Petit Blongios.
  3. Afin d’éviter tout malentendu, il importe de commencer par bien définir le territoire. Contrairement à l’information qui circule depuis le début, le Technoparc n’est pas propriétaire de l’ensemble des terrains qui font l’objet de toute cette attention. Le Technoparc ne possède que les terrains situés entre la rue Alexander-Flemming, le chemin St-François et l’avenue Marie-Curie (orange sur la carte ci-dessous). Le terrain situé entre l’avenue Marie-Curie et le Golf Dorval appartient plutôt à Aéroports de Montréal (ADM; mauve sur la carte). Finalement, le terrain situé au nord d’Alexander-Flemming (que certains appellent secteur du marais IPEX) appartient à une fiducie foncière basée à Toronto (jaune sur la carte).Technoparc carte
  4. Le territoire comporte quatre milieux humides (voir carte), et question de parler tous le même langage, j’utiliserai ici la nomenclature qui a circulé cet été : Marais des Sources (situé sur le terrain d’ADM), Grand Marais Hubert-Reeves (où de bonnes concentrations de Hérons verts ont été observées), Petit Marais Hubert-Reeves (celui qui sera vraisemblablement remblayé), et marais IPEX. Mis à part le marais des Sources, ces marais sont tous d’origine anthropique. La construction des rues Alexander-Flemming et Marie-Curie a bloqué le drainage dans le secteur de sorte que les eaux de pluie et de la fonte des neiges demeurent à cet endroit au moins une partie de l’été et génèrent ces milieux humides.
  5. Le marais des Sources est le seul qui soit assez profond pour conserver un niveau d’eau acceptable pendant tout l’été. Les autres s’assèchent naturellement en été, plus ou moins rapidement selon la quantité de pluie tombée en juillet. D’ailleurs, si vous avez l’application Google Earth, vous pourrez le voir avec la fonction « Afficher des images d’archives ». La photographie aérienne du 6 août 2005 est particulièrement éloquente. Il n’y a plus d’eau nul part sauf dans le marais des Sources, ce qui n’a pas empêché d’avoir quatre beaux marais bien remplis d’eau au printemps suivant. Avec l’été magnifique que nous avons connu cette année, il est facile de comprendre pourquoi l’assèchement fut très rapide en 2016.
  6. Une fois la digue construite sur le site de l’éco-campus, l’entente prévoit que le Technoparc cèdera à la Ville de Montréal le terrain situé au nord de celle-ci, ce qui deviendra la première phase du parc-nature des Sources. Je ne sais pas d’où viennent les informations des personnes qui disent que ça ne se fera jamais, mais ce n’est pas ce qu’on m'a encore confirmé de vive voix le maire DeSousa aujourd'hui. Il semblerait aussi que les discussions aillent dans la bonne direction avec la fiducie foncière pour céder une partie du terrain qui leur appartient et qui englobe notamment la totalité du marais IPEX. Quant à ADM, aucune entente n’est conclue; ADM se fait d’ailleurs tirer un peu l’oreille, mais les plans de développement n’indiquent aucune destruction du marais des Sources.
  7. La totalité des observations de Petit Blongios ont été faites dans le marais des Sources, appartenant à Aéroports de Montréal. Contrairement à ce qu’on a lu dans les journaux, dans les allocutions de conférence de presse, les pétitions ou les mises en demeure, cette espèce menacée n’a jamais été observée sur le terrain du futur éco-campus Hubert-Reeves. D’ailleurs, les personnes qui connaissent bien la biologie du Petit Blongios croient que les deux marais appartenant au Technoparc, dans leurs conditions actuelles, pourraient difficilement répondre aux besoins de cette espèce.
  8. Comme le site du Petit Blongios a été découvert cette année seulement, le marais des Sources n’est pas considéré légalement comme habitat essentiel. Le processus de désignation de l’habitat essentiel se fait habituellement en même temps que le plan de rétablissement de l’espèce ou le plan d’action. Ces deux actions ne sont pas prévues avant quelques années.
  9. La mise en demeure du Sierra Club demande essentiellement à la ministre de l’Environnement de protéger le Petit Blongios. Or comme le marais qui sera détruit n’abrite pas de Petit Blongios et que rien n’indique que le marais des Sources où il niche effectivement sera détruit, il est difficile de comprendre à quelle poignée juridique s’attache le Sierra Club. Il faut néanmoins reconnaître que cette intervention a été très médiatisée et a permis de sensibiliser davantage de gens à l’importance des milieux humides.
  10. QuébecOiseaux a comme principe de baser ses actions sur la science. Notre rigueur et notre intégrité nous permettent d’ailleurs de jouir d’une crédibilité et donc d’une écoute auprès des divers intervenants. Plutôt que d’opter pour la confrontation, nous avons plutôt choisi d’utiliser cette crédibilité et cette écoute pour discuter avec la Ville de Montréal et le Technoparc afin de nous assurer que les éléments naturels qui font présentement de ce secteur l’un des endroits les plus intéressants de Montréal soient conservés dans le futur parc-nature des Sources. Nous reconnaissons évidemment le droit à d’autres groupes plus revendicateurs de prendre des approches différentes.
  11. D’autres projets menacent ce milieu naturel. Nous allons suivre attentivement les audiences publiques concernant le projet de réseau électrique métropolitain de transport collectif et fort probablement déposer un mémoire sur les impacts des divers scénarios sur le Petit Blongios et autres espèces d’oiseaux qui fréquentent les milieux qui seraient touchés par ce projet.
  12. J’aurais souhaité plus de rigueur dans les informations qui ont circulé concernant ce projet et dans les arguments apportés par les différents intervenants. Est-ce que des interventions bien documentées auraient fait une différence? Je l'ignore mais il me semble que des interlocuteurs plus crédibles et en mesure de déployer des efforts au bon endroit auraient plus de chance de gagner leurs points et surtout de bien se positionner pour d’autres batailles.
  13. Ceci étant dit, je remercie sincèrement Joël Coutu pour nous avoir fait découvrir cet endroit méconnu et fait valoir son importance ainsi que les groupes environnementaux qui mettent beaucoup d’énergie dans la protection des rares milieux naturels encore présents sur l’île de Montréal.
Jean-Sébastien Guénette

Jean-Sébastien Guénette est biologiste M.Sc. (Université de Moncton) et Directeur général du Regroupement QuébecOiseaux depuis 2005.

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