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Bourses du Fonds Atlas

Suivi de la migration des oiseaux marins au quai de Pointe-au-Père au printemps 2021

Face à l’érosion de la biodiversité, des programmes de suivi sont utilisés afin de suivre la démographie et la répartition de nombreuses espèces. Toutefois, les espèces d’oiseaux inféodées au milieu marin sont difficiles à inventorier et les changements démographiques à grande échelle sont souvent mal documentés chez ces espèces ((IOCAN Canada, 2012; Behrens & Cox, 2013). Par exemple, il est difficile, à l’échelle québécoise et même canadienne, de se prononcer sur les tendances populationnelles d’espèces telles que l’Harelde kakawi, les macreuses, ou encore le Plongeon catmarin, toutes des espèces pourtant abondantes dans les eaux du Saint-Laurent en période de migration. Un examen des programmes de surveillance aviaire mené par Environnement Canada (Comité directeur de l’examen de la surveillance aviaire en 2012, repris pour la stratégie de conservation des oiseaux pour la région de conservation des oiseaux 14 incluant le littoral du Bas-Saint-Laurent et de la Gaspésie) a d’ailleurs recommandé d’évaluer de nouvelles techniques pour dénombrer les oiseaux de mer, et dans quelle mesure les relevés d’oiseaux marins devraient mettre l’accent sur le prélèvement d’échantillons répétés aux mêmes endroits pour estimer les tendances.

D’abord considéré comme une activité ornithologique de loisir, le suivi de la migration des oiseaux depuis des sites stratégiques est aujourd’hui reconnu comme un outil très efficace pour diagnostiquer les changements populationnels ou du comportement migratoire des populations migratrices d’oiseaux. L’exemple le plus connu est le réseau que forment les dizaines de sites de suivi des oiseaux de proie en Amérique du Nord. Ce réseau a pour but de coordonner les efforts sur les différents sites afin de détecter les tendances populationnelles des rapaces nord-américains. Pour les oiseaux marins, plusieurs sites assurent le suivi de ces espèces en Amérique du Nord (Avalon – New-Jersey, Whitefish Point – Michigan, pour les deux principaux), mais leur nombre n’est pas encore assez important et le réseau pas assez structuré pour permettre une même coordination. Toutefois, les sites précurseurs existants aujourd’hui récoltent des données qui seront encore plus précieuses dans les prochaines décennies pour documenter l’évolution des populations d’oiseaux aquatiques et de leur stratégie migratoire. Bien sûr, il y a d’autres moyens de suivre les populations de certaines de ces espèces, comme les canards de surface ou les oies (sauvagines) qui sont très finement suivies par les agences gouvernementales. Toutefois, même au sein des anatidés, une stratégie cohérente de surveillance des canards marins qui nichent au nord, comme les macreuses, hareldes ou eiders, n'existe pas. Ainsi, en renforçant le réseau de sites de « seawatching », il sera à la fois possible de mesurer les tendances populationnelles d’espèces pas ou mal considérées aujourd’hui et de mieux connaître leurs mouvements.

À l’échelle locale, il n’y a que deux sites qui effectuent un suivi régulier dans l’Est du Canada. Le premier suivi est assuré depuis la pointe Lepreau (Nouveau-Brunswick) au sud de la baie de Fundy depuis 1996. Les inventaires réalisés jusqu’en 2012 ont permis de mesurer un déclin d’environ 3-4% par an pour les trois espèces de macreuses et l’Eider à duvet (Rapport de l’Observatoire d’Oiseaux de Pointe Lepreau, 2014). Le deuxième site est le Quai de Pointe-au-Père, coordonné par l’Observatoire d’Oiseaux de Rimouski. Après un suivi sporadique par quelques observateurs depuis 2013, c’est en 2016 qu’un suivi printanier exhaustif standardisé a été initié et renouvelé depuis. Ce suivi est particulièrement pertinent pour certaines espèces comme le Plongeon catmarin (⁓10.000 individus par saison), l’Harelde kakawi (⁓5000) ou le Harle huppé (⁓3500), mais les données récoltées les deux dernières années ont confirmé le potentiel fort intéressant pour d’autres espèces à l’automne, en particulier pour les 3 espèces de macreuses (⁓10.000 macreuses à front blanc et à ailes blanches, >25.000 Macreuses à bec jaune), l’Eider à duvet (>70.000 en 2019) mais aussi pour l’Harelde kakawi (⁓5000), le Guillemot à miroir (⁓3600) le Plongeon huard (⁓2000) et le Grèbe jougris (60) entre autres. Le renforcement du réseau de sites permettrait de conforter/confirmer ces tendances globales ou de mesurer la variation régionale pouvant être observée entre les sites. L’est du Canada a un rôle clef pour le suivi des populations d’oiseaux à répartition septentrionale et la période de migration, en particulier dans l’estuaire et le golfe du Saint-Laurent, est une période stratégique pour assurer l’inventaire de ces espèces.

Malgré l’importance du corridor migratoire du golfe et de l’estuaire du Saint-Laurent, le quai de Pointe-au-Père est le seul site de veille des populations migratrices d’oiseaux marins, permettant de décrire et de mesurer le flux migratoire survenant dans ce corridor. Ainsi, les objectifs de ce projet sont :

  1. assurer le suivi exhaustif au printemps 2021 du quai de Pointe-au-Père;
  2. développer des fiches simplifiées et grand public pour l'identification des oiseaux marins en vol afin de bénéficier d'un visuel permettant de faciliter l'apprentissage de cette activité particulièrement spécialisée. La nature du visuel (planche, fiche, livret...) n'est pas encore arrêté, mais un document de travail (joint à la demande, à ne pas diffuser) permet de bénéficier d'une piste de réflection sur ce point.
Montant reçu des Bourses du Fonds Atlas: 3 500 $

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